Discours de M. le Maire
Mesdames et messieurs les élus, enseignants, présidents d’association,
Messieurs les anciens combattants,
Mesdames et Messieurs les représentants de la Gendarmerie, des sapeurs-pompiers, Jeunes Sapeurs-Pompiers et de la Protection Civile,
Mesdames et messieurs,
Le 8 mai 1945, il y a 81 ans, le fracas des armes s’éteignait enfin en Europe. Aujourd’hui, alors que le monde traverse des temps incertains, la Municipalité de TOULENNE tient plus que jamais à honorer ceux qui ont tout sacrifié pour que nous vivions libres et en paix. Se souvenir n’est pas seulement un regard vers le passé. C’est, comme le rappelle le message de l’Union Française des Associations de Combattants (UFAC), un cri de vigilance. La paix est un trésor fragile qu’il nous appartient de protéger contre tous les fanatismes. À TOULENNE, nous sommes fiers de nous rassembler aujourd’hui pour reprendre ce flambeau de mémoire, rappelant la pensée et les mots de René CASSIN, prix Nobel de la Paix et un des pères fondateurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Il n’y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l’homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit ».
Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule. Après plus de cinq années de guerre qui auront fait plus de 42 millions de morts, dont 6 millions de Juifs, le monde fête la victoire des forces alliées sur le IIIème Reich. Des millions de réfugiés que le conflit avait déplacés, exilés, déportés sont jetés de nouveau sur des routes de campagne dévastées. La barbarie nazie enfin vaincue, les peuples d’Europe retrouvaient leur liberté et leur souveraineté.
Ce que nous commémorons aujourd’hui, c’est surtout la Victoire des peuples sur la barbarie. La Victoire de nos valeurs de liberté, de solidarité, de fraternité, sur l’idéologie du racisme, de l’exclusion, de la division, de la haine et du mépris de la vie humaine.
Cette guerre n’est pas un accident de l’Histoire. Elle a été le fruit d’un système. D’une idéologie fasciste incarnée par le Nazisme. Elle a été nourrie par une crise économique profonde, une montée des inégalités, et par la complicité, trop souvent oubliée, de ceux qui voyaient dans Hitler un rempart contre les aspirations du peuple.
N’oublions pas cette vérité historique : c’est le grand patronat allemand, épaulé par une bourgeoisie d’affaires apeurée, qui a porté Hitler au pouvoir en 1933. Des banquiers, des industriels de l’armement ont vu dans le fascisme une manière de briser les syndicats, d’écraser et de museler le peuple paupérisé et appauvri par des années de crises.
Le 8 mai 1945 portait un espoir de Paix. Or, nous assistons, aujourd’hui, à la banalisation des mêmes idées qui nous ont amené aux abominations de la Deuxième Guerre mondiale. Au mépris des enseignements du passé, fanatisme religieux, terrorisme, réveil des nationalismes, retour des empires, et retour de la guerre aux quatre coins du monde nous rappellent que la Paix et la Liberté ne sont jamais définitivement acquises. De même, un nouvel ordre mondial voudrait s’imposer à la place de celui né en 1945 !
La Paix est en Danger. Fidèle au souvenir de celles et ceux qui ont sacrifié leur vie, nous portons aujourd’hui aussi la responsabilité de faire vivre la mémoire collective, de nous souvenir et de transmettre aux plus jeunes générations les leçons de l’histoire. Parce que ceux qui nous ont précédé ont payé le prix fort à la guerre.
La destruction de la France s’est trouvée dans une dynamique politique qui a conduit à la montée des extrêmes en Europe. On ne peut plus dire qu’on n’a jamais essayé, comme je l’entends régulièrement ! Si, nous avons déjà essayé l’extrémisme ! Si, nous avons déjà essayé le nationalisme ! Si, nous avons déjà essayé le racisme et l’antisémitisme ! Et cela a incendié l’Europe et détruit notre pays et notre nation !
Inquiétons-nous de nos démocraties malades, de la manipulation des opinions publiques, de cette haine de l’autre qui monte, du retour des empires et des nationalismes… Inquiétons-nous ! Mais surtout : ressaisissons-nous ! Nous, simples citoyens, avons un devoir, celui de crier plus haut, plus fort « Plus jamais ça ! », car quand la mémoire s’efface, l’histoire recommence.
Depuis 18 ans, j’ai célébré avec vous cette date emblématique, et chaque année, j’ai tenté de trouver les mots justes pour évoquer les millions de vies perdues, les familles déchirées et les cicatrices indélébiles de cette période tragique. J’ai souvent eu l’impression d’avoir tout dit, tout partagé. Mais hélas, la montée des tensions actuelles ne cesse de résonner avec les événements passés.
La réélection de Donald TRUMP aux États-Unis a été un tournant majeur qui nous rappelle à quel point la paix est un bien fragile, jamais acquis. Il suffit de porter attention aux événements internationaux, aux crispations guerrières de la géopolitique, aux fractures sociales : nous faisons face à un monde où, l’égoïsme, le rejet de l’autre, les replis identitaires, les discours de haine, rappellent les heures les plus sombres de notre histoire. Les idéaux de coopération, de solidarité et de paix qui avaient présidé aux efforts de reconstruction d’après-guerre semblent vaciller. Est-il encore nécessaire de rappeler que cette victoire n’était pas celle d’un peuple sur un autre, mais bien celle de l’humanité sur la barbarie fasciste.
« Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? »se demandait Louis ARAGON dans son poème repris avec talent par Léo FERRÉ et Bernard LAVILLIERS.
En ce 8 mai, 81 ans après la capitulation du nazisme, notre devoir de mémoire doit devenir un devoir d’action. L’héritage de celles et de ceux qui ont résisté, combattu, souffert, nous oblige. Leur courage nous a légué plus qu’une victoire : une exigence. Celle de bâtir une Europe de paix qui a fait des droits de l’Homme une boussole, mais aussi qui dans une grande fragilité tente de nous rassembler autour des combats sociaux essentiels à nos vies et surtout à celles des générations futures.
Nous sommes les héritiers du Conseil National de la Résistance dont le programme demeure une source d’inspiration. Il nous rappelle que la démocratie est un combat à renouveler. Et que ce combat commence ici, dans nos villages, à travers notre quotidien.
Lorsque je contemple nos monuments aux morts, les noms gravés dans la pierre, je n’y vois pas un souvenir figé. J’y vois des promesses. Des vies offertes pour une certaine idée de la France – une France républicaine éclairée par la justice et le respect de chacun.
Être maire dans ce coin du Sud-Gironde, c’est être au plus près des vivants, mais aussi le gardien de la mémoire de ces morts pour que jamais leur sacrifice ne devienne un simple rituel, pour que jamais leur serment de ne plus voir la barbarie dominer nos vies soit oublié, pour qu’ils continuent à nous inspirer l’avenir. Car si nous ne savons pas transmettre le sens de leur combat, alors ils seront morts deux fois. A eux je pense aujourd’hui avec force et respect. Ils ne me quitteront pas.
J’ai la conviction que la République est une flamme que chacun doit entretenir :
Pour que vive la République.
Pour que vive la France.
Et pour que jamais ne s’éteigne le courage de ceux qui sont morts pour la France.


